By On 31 Aug, 2018 At 12:46 AM | Categorized As Featured, Haiti Political News, Hot news, Petit-goave Culture | With 0 Comments

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PORTRAIT D’UN PARLEMENTAIRE

Jacques Stevenson Thimoléon, fidèle comme lui seul

Jacques Stevenson Thimoléon, 44 ans, est l’un des plus fidèles soldats du régime Tèt Kale. En fin de mandat, l’ex-président de la majorité présidentielle et actuel président de la Chambre des députés n’a aucun regret d’avoir enfilé son costume rose. Le parlementaire, qui va demander un 2e mandat à la population de Petit-Goâve, a accepté d’ouvrir des pages de sa vie au Nouvelliste.

Publié : Le Nouvelliste

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National –

Le député de Petit-Goâve ne figure pas sur la liste des parlementaires qu’on va vite oublier après la séance de fermeture des travaux de la 49e législature. On ne gardera, peut-être, pas de lui l’image d’un grand orateur, mais personne n’oubliera qu’il a été le premier vice-président et le dernier président du bureau de la Chambre basse à la 49e législature. On se souviendra aussi que, sous son leadership, la majorité présidentielle à la Chambre des députés est restée fidèle au président Michel Martelly. « Sans le PSP (Parlementaires pour la stabilité et le progrès), le pays serait ingouvernable », commente Thimoléon, comme pour justifier son choix de s’aligner aux côtés du pouvoir. Pour l’homme de Petit-Goâve, le PSP, que ses détracteurs définissent comme parlementaires sous payroll, regroupe les députés qui sont soucieux du développement de leurs communes. « Contrairement à ce qu’on dit, nous n’avons jamais discuté d’argent avec le président Martelly », se défend l’avocat devenu député, qui est bien au courant de toutes les critiques et des moqueries contre les parlementaires. La majorité présidentielle, se rappelle-t-il, était constituée dans le but d’aider le président Martelly à faire atterrir ses programmes. Les liens entre le député Thimoléon et le président Michel Martelly ont été noués après l’entrée en fonction de la 49e législature. « Après le rejet du dossier du Premier ministre désigné Daniel Rouzier par le Groupe des parlementaires pour le renouveau (GPR) dont j’étais membre, un ami, un frère, m’avait proposé une rencontre avec le président Martelly, raconte le fils d’Edwige Pierre et de Jacques Louis Thimoléon, se gardant de révéler l’identité de son ami. J’ai accepté volontiers. Suite à cette rencontre, j’ai conclu que le président Martelly n’était pas vraiment l’homme qu’on présentait dans la presse. J’ai décidé de faire route avec lui. » Quatre ans après, la lune de miel se poursuit entre les deux hommes. Pareil pour les autres députés du PSP qui rencontraient le président Martelly individuellement à la même époque. La conscience tranquille Etant ancien président du PSP et actuel président du bureau de la Chambre basse, Jacques Stevenson Thimoléon a certainement des regrets et des moments de bonheur qu’il emportera avec lui à la fin de son mandat. Pour l’instant, il se garde de parler des faits qui l’ont marqué pendant la législature. « Je ne veux froisser personne », dit-il pour justifier sa décision. Quand on lui a demandé son secret pour porter les députés membres de la majorité présidentielle à rester fidèles au président Martelly, il a répondu avec empressement : « J’ai un leadership calme. Je suis aussi un homme de consensus.» Déceptions. L’ancien juge de paix de Delmas dit en avoir beaucoup comme président de la Chambre des députés. Notamment le maigre bilan de son administration. « Les députés ne viennent pas toujours en séance alors qu’il y a beaucoup de dossiers en souffrance », se désole-t-il en tentant de défendre le bilan de la première session de l’année législative. « Nous avions eu d’excellents résultats pour la 1re session », avance celui qui dit garder de bons contacts avec la population de Petit-Goâve. A la base du maigre bilan pour la 2e session de l’année législative, il cite la contrainte du temps, la fin de mandat des députés et la Coupe du monde FIFA 2014. « J’ai la conscience tranquille. J’ai fait de mon mieux pour rendre fonctionnelles les institutions du pays », souligne le parlementaire, passant en revue l’Accord d’El Rancho, le dossier de mise en accusation du président Michel Martelly. Un destin de parlementaire? Issu d’une famille de trois enfants, dont il est le cadet, Jacques Stevenson Thimoléon, divorcé, est né à Petit-Goâve en 1970. Il a fréquenté le lycée Faustin Soulouque jusqu’en classe de troisième secondaire avant de rentrer à Port-au-Prince pour achever ses études classiques au collège Gérard Gourgues. Jacques Stevenson Thimoléon a réussi son baccalauréat à cette institution scolaire en 1989 alors que le pays était en pleine transition démocratique. C’est dans cette institution scolaire qu’il avait rencontré Yves Cristallin avec qui il est resté soudé jusqu’aujourd’hui. A quatorze ans, le père de Stevenson avait déjà vu en son fils un futur député du peuple. « Entre 14 et 15 ans, mon père m’a dit: « Soso » (mon sobriquet), tu n’aimerais pas être député ?», se rappelle-t-il, souriant, trente ans plus tard. Une telle question ne pouvait que surprendre un adolescent qui a grandi loin de la politique. « Je n’ai pas répondu ni oui, ni non », se rappelle Stevenson Jacques Thimoléon, soulignant qu’il avait néanmoins bien accueilli le souhait. Depuis, l’idée de faire de la politique active tournait dans la tête du jeune Petit-Goâvien. En attendant d’avoir la possibilité de se lancer dans la politique, Thimoléon, père de trois enfants – deux garçons (12 ans et 9 ans) et une fille (3 mois) – s’est fait élire président du comité de la classe de rhéto. « C’est là que j’ai commencé mon expérience de leader », déclare celui qui se rappelle avoir été un élève brillant. La belle performance académique du jeune Petit-Goâvien est due, d’après lui, à l’encadrement familial. « Le respect des principes était de rigueur avec mes parents qui m’interdisaient même de sortir ou de quitter la maison sans leur consentement », souligne Thimoléon avec force détails. Arrivé à Port-au-Prince, le jeune Thimoléon continue de mettre en pratique les conseils et les instructions de ses parents. Cela l’a certainement aidé à affronter la privation et les conditions de vie précaires dans la capitale haïtienne. « J’ai été hébergé chez la marraine de mon frère aîné à Fontamara dans une grande maison, explique-t-il. Pourtant, nous étions confinés dans une dépendance à côté du gérant de la cour. » Ce qui leur donnait envie de rentrer chez eux pour recommencer leur vie de prince. Les choses étaient tellement difficiles que Thimoléon se rappelle avoir proposé à son père de retourner au bercail. Ce que ce dernier a refusé catégoriquement. « Mon père m’a dit : Je t’envoie à l’école, mais ta maison se trouve à Petit-Goâve », rapporte celui qui dit n’avoir pas connu la misère durant son enfance. De la FDSE à Pittsburgh University Les parents de Thimoléon voulaient qu’il devienne médecin. Ce n’était pas le choix du jeune Petit-Goâvien qui optait lui-même pour le droit. « En 1991, je suis rentré à la Faculté de droit et des sciences économiques de Port-au-Prince, raconte-t-il fièrement. Mon père avait respecté mon choix. » Thimoléon se rappelle y avoir rencontré Jocelyne Pierre, Bernard St-Vil, Jean-Robert Faveur… Après le droit, Jacques Stevenson Thimoléon dit avoir entrepris des études en relations internationales à CEDI. Parallèlement, il a travaillé à l’APN à la direction d’exploitation et à la salle des nouvelles de la Radio nationale. Puis, il a intégré la magistrature. Il y a prêté ses services comme juge de paix suppléant et juge de paix principal à Cabaret et à Delmas. En 2004, lorsque Grenn Sonnen régnait en maître et seigneur à Delmas, la police avait toutes les peines du monde à exécuter les décisions touchant un membre de ce gang. Se sentant dans l’insécurité en tant que juge de paix principal de Delmas, Thimoléon a choisi de se réfugier aux Etats-Unis en attendant que la situation se calme. « J’en avais profité pour réaliser une maîtrise à Pittsburgh University school of law où j’ai rencontré Me Ephésien Joassain », indique le député devenu austère depuis son élection. Son passe-temps, dit-il, se résume en beaucoup de lecture, un peu de TV pour faire du sport et des déplacements en province. Plus de temps pour les bals. En route pour le Parlement Fin 2004, l’ancien juge de paix de Delmas retourne au bercail. Il a choisi, cette fois-ci, de militer comme avocat. « J’étais avocat au procès de la Syrie, indique Thimoléon. Puis, je défendais Sò Anne, René Civil…que je considérais comme des prisonniers politiques. A cette époque je me consacrais tout simplement au droit, pas à la politique. » La décision de faire de la politique, explique le président de la Chambre basse, a été adoptée à la veille des élections de 2010. « Un jour de 2010, un ami de Petit-Goâve me visitait à mon cabinet, explique Jacques Stevenson Thimoléon. Avant de partir, il m’a dit : ‘’Me, on a besoin d’un candidat à la députation pour Petit-Goâve. On a fait choix de toi. ‘’ » « Je disais non catégoriquement », ajoute le député élu sous la bannière du Parti Lavni de son ami Yves Cristallin. 22 jours plus tard, le sujet est revenu sur le tapis. « De retour à mon cabinet, mon ami a fini par me convaincre », précise le parlementaire, se gardant de révéler l’identité de son bon ami. Quand Thimoléon a parlé à sa maman de sa décision de se lancer dans la course électorale, la nouvelle ne lui avait pas plu. « Talè wa vi n fè yo boule kay mwen, disait-elle », se souvient Thimoléon, qui a décidé de s’y lancer à son insu. « Se trouvant devant le fait accompli, mon entourage a dû accepter », enchaîne le parlementaire, qui dit que sa mère prie tous les jours pour que son mandat arrive à son terme. Jacques Stevenson Thimoléon, qui conserve le même numéro de téléphone qu’il a utilisé pendant la campagne électorale, précise aujourd’hui que son élection n’était pas une surprise. Il se défend contre ceux qui l’accusaient d’avoir acheté les électeurs à coups de 1000 gourdes. « Olye pou m ta al fè koken nan eleksyon, m tap prefere reprann tòj mwen », soutient le parlementaire, qui vient d’une famille catholique où il a reçu tous les sacrements, sauf l’extrême-onction. Thimoléon se prononce en faveur de la prorogation de son mandat de député jusqu’au mois de mai si les élections ne se tiennent pas avant la fin de cette année. En attendant qu’une décision soit prise, le parlementaire se dit satisfait des quatre ans passés au Parlement. « Ma satisfaction réside dans les réalisations dans certaines sections de la commune ainsi que dans la chance de défendre les revendications des habitants de la région des Palmes qui souhaitent qu’elle soit élevée au rang de département », explique Thimoléon, qui pense déjà à sa réélection. Avant d’y arriver, il doit utiliser son leadership calme pour ramener la paix à Petit-Goâve.

 

Jean Pharès Jérôme pjerome@lenouvelliste.com / Yvince Hilaire Auteur

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